Le financement de l'économie circulaire est aujourd'hui l'un des principaux verrous à lever pour accélérer la transition des entreprises. Malgré un intérêt croissant des banques et investisseurs pour ces modèles, les projets circulaires - réemploi, location, réparation, symbioses industrielles - peinent encore à accéder aux financements adaptés à leurs spécificités.
Pour comprendre pourquoi et identifier des solutions concrètes, Circul'R a piloté pendant un an les travaux de la Coalition "Finance Circulaire", réunissant BNP Paribas, La Banque Postale, Oney et Cofidis. Le résultat : un rapport inédit intitulé "Financement de l'économie circulaire : freins et opportunités rencontrés", publié en octobre 2025.
Pourquoi les institutions financières ont un rôle clé dans la transition circulaire
L'économie circulaire vise à préserver les ressources naturelles, réduire les déchets, diminuer les émissions de CO₂ et protéger la biodiversité. Selon une étude de l'INEC, 85 % des industriels la considèrent comme une opportunité réelle pour améliorer leur compétitivité et ouvrir de nouveaux marchés.
Son essor est soutenu par un cadre réglementaire structurant : loi AGEC, taxonomie verte européenne, règlement SFDR, directive CSRD. Ces textes orientent progressivement les flux financiers vers des activités durables et exercent une pression croissante sur les acteurs financiers pour transformer leurs portefeuilles.
Les banques et investisseurs peuvent accélérer concrètement cette transition en :
- Orientant les investissements vers des entreprises et projets circulaires.
- Développant des prêts dédiés aux modèles à revenus différés (location, PSS, pay-per-use).
- Créant des instruments financiers innovants - green bonds, contrats à impact, leasing d'actifs - calibrés sur les spécificités de la circularité.
Pourtant, malgré cette ambition, de nombreux freins subsistent.
Les 3 freins principaux au financement des modèles circulaires
À partir de l'analyse de sept modèles d'affaires circulaires - location longue durée d'électroménager, réemploi d'emballages, réparation et reconditionnement, rétrofit automobile, réemploi de matériaux de construction, location de vélos, symbioses industrielles - la coalition a identifié trois blocages structurels :
1. La rentabilité différée mal prise en charge par les financements classiques
Les modèles circulaires basés sur l'usage (abonnement, location, pay-per-use) génèrent des revenus étalés dans le temps. Ce décalage crée un besoin en fonds de roulement important que les financements bancaires classiques - conçus pour des achats immédiats - ne couvrent pas.
Solution préconisée : développer des instruments financiers capables d'absorber ce décalage de trésorerie et d'intégrer les spécificités de la circularité dans la structuration des prêts.
2. La valeur résiduelle des actifs circulaires difficile à estimer
Sur des marchés en cours de structuration - comme celui de l'électroménager reconditionné - estimer la valeur d'un actif en fin de cycle est complexe. Cette incertitude freine les décisions de financement et conduit à une sur-évaluation du risque.
Solution préconisée : élaborer des méthodes d'évaluation adaptées aux actifs circulaires, en intégrant les données de durée de vie réelle, de valeur de revente et de coût logistique de retour.
3. Des outils d'évaluation du risque inadaptés
Les projets de réemploi, de logistique inversée ou de réparation manquent de données historiques et d'indicateurs dédiés. Résultat : les grilles de scoring bancaires surestiment le risque et limitent l'accès au crédit pour ces modèles innovants.
Solution préconisée : créer des critères et indicateurs spécifiques aux modèles circulaires pour les intégrer dans les outils d'analyse des acteurs financiers.
Deux cas d'usage prioritaires pour tester les solutions
Parmi les sept modèles étudiés, la coalition a retenu deux cas d'usage prioritaires, sélectionnés sur trois critères : impact environnemental tangible, potentiel de marché significatif, freins financiers représentatifs.
La location longue durée d'équipements électroménagers
Ce modèle allonge la durée de vie des appareils et réduit les déchets, mais reste freiné par trois obstacles : difficulté à modéliser la rentabilité, incertitude sur la valeur résiduelle, besoin de trésorerie lié à la logistique de retour.
Les solutions identifiées par la coalition :
- Développement de modèles B2B2C (bailleurs sociaux, résidences étudiantes).
- Mise en place d'assurances liées à l'usage.
- Financement d'infrastructures de réparation mutualisées.
- Partage de données pour affiner l'analyse de risque.
Le réemploi des emballages (consigne)
Ce modèle bénéficie d'un cadre réglementaire favorable (loi AGEC) et d'une demande croissante de la part des marques et distributeurs. Les leviers pour accélérer son déploiement :
- Financement d'acteurs mutualisant les emballages standardisés.
- Contrats à impact liés aux taux de retour.
- Leasing des équipements de collecte et de lavage pour réduire les coûts d'entrée.
Et maintenant ? Les prochains chantiers de la coalition
Fort de ces enseignements, Circul'R et la coalition se donnent pour ambition d'identifier de nouveaux projets circulaires à financer, notamment sur trois thématiques prioritaires :
- L'Écologie Industrielle et Territoriale (EIT) et les symbioses industrielles.
- Le réemploi à l'échelle industrielle.
- Les matériaux critiques et leur circularité dans les chaînes de valeur stratégiques.
Comme le souligne Jules Coignard, co-fondateur de Circul'R : "Ce rapport démontre la force du travail collectif : en réunissant institutions financières, entreprises et experts, nous avons pu identifier des freins concrets et proposer des solutions pragmatiques pour les dépasser."
Télécharger le rapport complet
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