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Réemploi des flacons de parfum : 7 marques testent la consigne

Logistique inverse, lavage CO₂, ACV : tout comprendre sur ce projet piloté par Circul'R et déployé dans 150 points de vente.

Réemploi des flacons de parfum : 7 marques testent la consigne

Le réemploi des flacons de parfum consiste à collecter les contenants vides en points de vente, à les laver industriellement, puis à les reconditionner par les marques pour un nouveau cycle de vie.

Depuis juin 2025, une coalition de 7 acteurs majeurs - Christian Dior Parfums, Kenzo Parfums, Diptyque, Adopt, Interparfums, Beauty Success et Nocibé - expérimente ce modèle dans plus de 150 points de vente en France, sur plus de 200 références. Le projet est piloté par Circul'R, avec le soutien financier et opérationnel de Citeo.

Pourquoi le secteur de la parfumerie se lance dans le réemploi  ?

Le flacon de parfum est l'un des emballages les plus complexes à recycler : verre teinté, pompe composite, capuchon métallique, étiquetage…

La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) fixe des objectifs contraignants : 7 % des emballages mis sur le marché devront être réemployés d'ici 2025, 10 % d'ici 2027. Le règlement européen PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), en cours de déploiement, va renforcer encore ces obligations à l'horizon 2030.

Face à ces échéances, attendre n'est plus une option stratégique. L'expérimentation lancée par cette coalition vise à tester et valider les conditions de viabilité d'un système à grande échelle.

Comment fonctionne concrètement la boucle de réemploi ?

Le modèle testé s'articule en quatre étapes :

1. Collecte en point de vente : entre le 30 juin et le 30 octobre 2025, les consommateurs rapportent leurs flacons vides dans les points de vente participants (Beauty Success, Nocibé). En échange, ils reçoivent une rétribution financière immédiate, la mécanique de la consigne appliquée au parfum.

2. Logistique inverse mutualisée : les contenants collectés sont acheminés vers des centres de tri via un système de transport mutualisé, co-construit pour optimiser les flux et limiter les coûts. C'est l'un des verrous opérationnels majeurs du réemploi en cosmétique : la logistique inverse représente souvent le poste de coût le plus structurant.

3. Tri et orientation : au centre de tri, chaque emballage est comptabilisé, inspecté, puis orienté vers deux voies : le réemploi (lavage puis reconditionnement) ou le recyclage si le flacon est incompatible avec le procédé de lavage retenu.

4. Lavage au CO₂ supercritique : la coalition a retenu une technologie innovante : le lavage au CO₂ supercritique, via la solution Niugreen de BR Conditionnement. Ce procédé présente un double avantage : il dégraisse efficacement sans eau ni solvants chimiques agressifs, et préserve l'intégrité olfactive du flacon (absence de rémanence de parfum précédent). Des tests R&D sont en cours pour valider la méthode sur chaque type de flacon, sur les plans physique, esthétique et olfactif.

Ce que cette expérimentation de réemploi mesure : économie, environnement, comportement

L'expérimentation n'est pas qu'un test opérationnel. Elle produit trois types de données essentielles pour toute la filière.

  • Analyses de Cycle de Vie (ACV) : des ACV comparatives seront menées pour quantifier les émissions de CO₂, la consommation d'eau et l'énergie entre le modèle à usage unique et le modèle réemployable. Circul'R a conduit des analyses similaires dans le cadre de la Coalition Réemploi Cosmétiques : les résultats montrent que le point d'équilibre environnemental dépend fortement du taux de retour des emballages et du nombre de cycles de réemploi.
  • Modélisation économique : une modélisation à l'échelle de la filière permettra d'identifier les conditions de rentabilité du système. Les travaux antérieurs de Circul'R sur la consigne cosmétique ont montré qu'un impact positif sur la marge unitaire est atteignable : jusqu'à +0,13€/produit pour les emballages en verre, dans les scénarios optimaux. Ces résultats dépendent de paramètres clés : taux de retour, maturité du marché, type de contenant et montant de consigne.
  • Étude consommateurs : une enquête quantitative et qualitative mesurera l'appétence réelle des consommateurs, identifiera les freins à l'adoption du geste, et capitalisera sur les retours des points de vente. Cette dimension comportementale est souvent sous-estimée, or c'est elle qui conditionne le taux de retour et donc la viabilité économique du modèle.

Un projet de réemploi qui s'inscrit dans une démarche collective et progressive

Circul'R anime depuis 2018 plus de 12 Coalitions de circularité sectorielles (cosmétique, industrie, finance...)

Cette expérimentation fait suite à un premier projet pilote lancé fin 2024 par Circul'R sur les produits de soin (crèmes, sérums, gels douche, shampoings) et déployé dans 45 points de vente sur une centaine de références. Les enseignements opérationnels tirés de ce premier pilote alimentent directement la conception du projet parfum.

L'objectif : définir les standards opérationnels de la consigne dans le secteur, pour permettre le passage à l'échelle.

Comme le souligne Sixtine Jourde-Roussel, directrice des coalitions chez Circul'R : "C'est l'intelligence collective de la coalition qui fait la différence : en réunissant marques, distributeurs et experts autour d'un objectif commun, nous ouvrons la voie à une transformation durable et systémique du secteur."